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02.02. Babel - Chapitre II (2/4)

lundi 16 juillet 2007, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

Alain allait poser une autre question mais l’homme se replongea dans l’étude d’une imposante pile de rapports, lui signifiant ainsi que l’entretien était terminé.

Alain quitta le bureau et se rendit en tête du quai, direction Roissy, où le petit escalier de métal, qu’il avait déjà emprunté la veille, lui permit de descendre sur la voie. Il posa prudemment le pied sur le ballast et s’enfonça dans l’obscurité. Il rejoignit le chantier sans croiser un seul train. Comme il y arrivait, une voix l’interpella :

— Hé vous ! Qu’est-ce que vous foutez ici ? C’est interdit de se balader sur les voies. Vous êtes inconscient ou quoi ?

Alain ne répondit pas mais se contenta d’avancer vers l’homme et de lui présenter sa carte. L’autre se radoucit un peu et continua :

— Oui ?

— Je voudrais des renseignements sur ce chantier, expliqua Alain.

— Il n’a rien de spécial, sinon qu’il est terminé, répondit l’autre, visiblement interloqué par la venue d’un inspecteur de police vérifiant son travail.

— Qu’est ce qui a été construit ou réparé ?

— La voûte : une bête injection par mesure de précaution. Tout a été fait pendant la nuit, on est juste venu terminer le boulot.

— Une injection ?

— Oui, vous voyez les trous fraîchement bouchés dans la voûte ?

Alain leva la tête et regarda.

— Oui.

— Bien. La nuit dernière une équipe est venue, a foré ces trous et y a injecté du béton sous pression pour consolider la voûte. Nous, nous sommes juste venus terminer le travail en bouchant les orifices…

— Je vois. Ce n’est pas un peu étrange, un tel chantier en pleine nuit ?

— Vous connaissez la taille du matériel nécessaire pour une injection ? On ne pourrait pas le faire en plein jour sans interrompre totalement le trafic… D’ailleurs de nombreux chantiers se déroulent de nuit dans le métro : le remplacement du ballast, le meulage des rails…

— Je ne savais pas, s’excusa Alain. Vous savez, pour le commun des usagers, ce qui se passe dans le métro est assez mystérieux.

— C’est vrai, et c’est bien dommage d’ailleurs. Si les gens savaient tout ce qui doit être fait pour assurer le service, ils seraient peut-être plus indulgents lors des perturbations…

— Pour revenir à ce chantier, il était décidé depuis longtemps ?

— Ça, je n’en sais rien, bougonna l’ouvrier. Le matin j’arrive, on me dit où je dois aller bosser et ce que je dois faire, c’est tout !

— Rien de spécial ?

— Non, la routine : pas de problème particulier, si ce n’est un petit éboulement de la paroi…

— Où cela ? demanda machinalement Alain.

— Là, répondit l’autre en lui montrant un mur de moellons tout juste achevé.

— Je vois. Ça arrive souvent ?

— Quelquefois…

— Ok. Je vous remercie.

— De rien… Faites gaffe aux trains en rentrant !

— Je suis au courant, merci ! Au revoir.

Alain fit demi-tour et repartit en direction de la station. Cette fois-là, il dut s’abriter pendant le passage d’une rame. Le chef de station ne lui avait pas menti : le train causait une véritable tempête dans le tunnel et il dut attendre que le dernier wagon se soit suffisamment éloigné avant de pouvoir reprendre sa progression.

Quelques minutes plus tard, il gravissait à nouveau le petit escalier métallique. Évidemment, il était sur le mauvais quai ! Il hésita un instant à redescendre sur la voie pour la traverser, mais, préférant ne pas se faire remarquer d’avantage, il se décida finalement à emprunter un dédale de couloirs sinueux qui l’amenèrent sur le bon quai, direction Robinson-Saint Remy les Chevreuses. Là, il attendit le RER suivant qu’il quitta à Denfert pour prendre le métro vers Charles de Gaulle-Étoile.

Après avoir parcouru d’un pas pressé les quelques deux cent mètres qui séparaient la station Montparnasse-Bienvenüe de son commissariat, il s’engouffra dans l’escalier métallique, sans même prendre le temps de boire son café habituel.

Il jeta sa veste en direction du portemanteau, où elle resta un instant suspendue avant de glisser doucement et de tomber à terre. Alain, qui s’était déjà assis, regarda la chute en jurant entre ses dents. Il haussa les épaules et ne prit pas la peine de se lever pour aller la ramasser. Il décrocha le téléphone et composa le 53-28. Son chef répondit dès la première sonnerie et se présenta. Sûr et certain d’être reconnu, Alain le salua :

A suivre...


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