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12.04. Babel - Chapitre XII et final (4/4)

lundi 5 mai 2008, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

— Je suis le capitaine de ce navire. Enfin, en théorie du moins…

— Que veux-tu dire ?

— Ce n’est pas moi qui ai le vrai pouvoir. Les chefs de section se sont interposés entre moi et le reste de l’équipage… Ils me retiennent quasiment prisonnier ici ! Ils ne me gardent vivant que parce que je suis le seul à avoir le contrôle de l’ordinateur central. Je sais qu’ils n’essayeront jamais de me tuer : ce serait perdre totalement le contrôle du vaisseau. Le passage de pouvoir ne s’effectue pas de manière automatique : le capitaine choisit son successeur… Comme ça, il peut enseigner à l’autre son futur travail.

— Et si le capitaine meurt accidentellement ?

— La programmation initiale spécifiait qu’un successeur devait être nommé dès l’arrivée d’un nouvel homme au pouvoir. Ce dauphin a les mêmes droits que le capitaine. En fait il en a un peu plus puisqu’il est le seul à pouvoir le démettre de ses fonctions… Mais j’ai rusé. Ce qui me fait peur, c’est que tu es là maintenant ! Ils ne doivent pas apprendre qui tu es, sinon…

— Trop tard capitaine, nous le savons ! lança une voix forte venue de l’ascenseur. Vous avez eu tort d’entrer le nom de votre fille dans le fichier central !

Un homme en sortait, l’air décidé. Il s’agissait d’un des chefs de section puisqu’il était vêtu d’argent. Derrière lui, les dix-neuf autres chefs formaient un bloc compact prêt à l’épauler.

L’homme s’approcha de Patricia et s’empara d’elle, puis, tendant son disque d’identification à Hervé Villier il ordonna :

— Jamais vous n’auriez dû être nommé capitaine. Cette place me revenait de droit ! J’avais depuis beaucoup plus longtemps que vous suivi l’enseignement nécessaire pour mener à bien cette tâche. Il est temps de réparer cette grossière erreur ! Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Le vieux capitaine se saisit à regrets du disque du chef rebelle et commença à se diriger vers le terminal informatique qui trônait sur son bureau.

— Ne te laisse pas faire ! Ils nous tueront de toute faç… cria Patricia avant d’être bâillonnée par une main puissante.

— Je ne plaisante pas capitaine ! lança l’homme. Désignez-moi comme votre successeur ou je la tue.

Comme Hervé Villier passait devant Alain, ce dernier lui glissa subrepticement la plaque d’identification qu’il venait de recevoir. Hervé Villier comprit de suite le plan de l’ancien policier : au lieu de se servir du disque du mutin, il utilisa celui que venait de lui donner Alain lorsque l’ordinateur le lui demanda.

Le lourd casque de métal descendit lentement sur la tête d’Hervé Villier.

— Attention capitaine ! l’avertit le futur dictateur. Je connais la procédure aussi bien que vous, mieux peut-être. Vous avez intérêt à ce que l’ordinateur ne détecte aucune contrainte dans votre choix, sinon…

Et il resserra sa prise sur Patricia qui gémit faiblement.

Le silence resta complet, troublé seulement par le ronronnement des appareils électriques. Puis le casque se releva avec la même douceur.

— Prise de fonction validée, énonça une voix artificielle venue de nulle part.

Un large sourire s’épanouit alors sur les lèvres du rebelle.

Alain interrogea le capitaine du regard. Discrètement, ce dernier lui fit signe que tout avait fonctionné, que le nouveau capitaine, c’était lui…

Il s’approcha de Patricia et, l’arrachant aux mains de son ravisseur, il s’écria :

— Vous avez ce que vous voulez, laissez-la maintenant !

L’autre relâcha sa proie et courut presque vers le poste de commandement, impatient de prendre enfin le pouvoir.

Comme lorsque Hervé Villier avait pris place, le lourd casque descendit sur la tête de l’usurpateur, mais, au lieu du sourd bourdonnement qu’ils avaient entendu, un violent crépitement retentit en même temps qu’une horrible odeur de chairs brûlées s’élevait dans les airs.

Le corps de l’homme fut secoué de quelques spasmes puis il retomba, inerte.

— Violation de droits ! lança la même voix synthétique.

— Voilà ce qui vous attend si l’un d’entre vous tente de recommencer, fit-il s’adressant aux dix-neuf autres qui reculaient prudemment vers l’ascenseur. Votre nouveau capitaine le voici ! ajouta-t-il en désignant Alain.

Patricia fixa son père d’un air étonné puis dirigea son regard vers l’homme qu’elle aimait.

— Maintenant foutez-moi le camp ! tonna l’ancien capitaine qui avait retrouvé sa prestance d’antan.

Les autres obéirent en silence. Ils savaient qu’ils ne pouvaient rien faire pour l’instant : tant que le nouveau capitaine ne serait pas à même de commander le navire, il ne pourrait pas passer le pouvoir à un autre. Leur conspiration avait échoué et ils allaient en subir les conséquences.

Lorsqu’ils eurent dégagé la place, Hervé Villier se tourna vers Alain :

— Bienvenue à bord, capitaine.

— Mais, commença Alain, ce n’était qu’une façon de gagner du temps. Je ne suis pas capable de…

— Taisez-vous, le coupa Hervé Villier. En venant ici vous avez démontré votre courage et votre intelligence. Et votre dernier geste en a été la preuve finale ! Quant à savoir diriger le navire, vous avez tout le temps d’apprendre à le faire avec moi… Et de toutes manières, ce qui est fait est fait : vous voici capitaine, que vous le veuillez ou non !

Patricia était restée dans les bras d’Alain. Elle regarda son père dans les yeux à la recherche d’un assentiment qu’elle y trouva de suite. Puis, se tournant vers son sauveur, elle fit taire ses dernières objections d’un long baiser langoureux.

Hervé Villier les regarda faire sans mot dire. Il était empli de joie. Radieux, bien sûr d’avoir retrouvé sa fille, mais aussi heureux et soulagé que l’avenir du vaisseau soit enfin assuré.

Pour Alain et Patricia, l’aventure ne faisait que commencer…

- Fin -


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