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03.02. Babel - Chapitre III (2/4)

lundi 13 août 2007, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

Il partit entre les étagères mal éclairées et revint, quelques minutes plus tard, portant avec difficulté une encombrante combinaison caoutchouteuse qu’il tendit à Alain :


— Bon courage pour mettre ça… Plus personne ne l’a utilisée depuis des années et j’ai même eu du mal à la retrouver. Autre chose ?


— Oui, des bottes, pointure quarante-trois, une lampe torche et un levier pour ouvrir une trappe. Et une corde ajouta-t-il en se souvenant que certains puits d’accès aux carrières ne comportaient pas d’échelle.


— T’as pas besoin de bottes : elles sont intégrées à la combi. Et la corde, quelle longueur ?


— Une trentaine de mètre si tu as…


— Ok, je te trouve tout ça…


Il alla fouiller dans ses stocks. Alain l’entendit lui crier :


— Vingt-cinq mètres, ça te va ?


Alain avait remarqué la profondeur du puits par lequel il comptait descendre et s’en souvenait : la dénivellation était de vingt-deux mètres. Il répondit donc que cela lui suffirait.


L’autre revint, porteur des objets demandés. Il en nota le détail sur un registre qu’il tendit à Alain :


— Signe-moi ça !


Alain hésita un instant puis s’exécuta, sachant que les registres n’étaient jamais consultés et qu’il ne risquait donc pas de nouvelles remontrances de son chef.


Arrivé devant son bureau, les bras encombrés par l’hétéroclite fatras qu’il venait d’emprunter, il eut quelques difficultés à ouvrir la porte. Ayant enfin réussi à le faire, il la repoussa derrière lui d’un coup de pied rageur et jeta le matériel au sol. Il se déshabilla, enfila la combinaison et les bottes et rangea la lampe, la corde et le levier dans un vieux sac en plastique qui traînait dans son antre depuis longtemps. Ainsi équipé, il se dirigea vers la porte.


Alors qu’il posait la main sur la poignée, il se ravisa et revêtit son vieil imperméable beige clair. Il ne tenait pas tellement à être vu par ses collègues dans cet accoutrement d’égoutier.


Le métro le déposa une nouvelle fois au milieu de la place Denfert-Rochereau. Port-Royal était plus proche de sa destination, mais il préférait marcher plutôt qu’attendre un RER bondé qu’il n’aurait emprunté que pour une unique station…


Arrivé devant le 30, avenue de l’Observatoire, il s’arrêta et scruta le sol à la recherche de la trappe d’accès qu’il ne mit pas longtemps à trouver. Il s’en approcha et constata avec une grimace de dépit qu’elle était soudée…


— Sans doute pour empêcher que l’on y rentre, pensa-t-il. Exactement comme pour celle devant le commissariat...


Il s’apprêtait à fournir un gros effort pour faire sauter l’obstacle, mais en y regardant de plus près, il constata que la soudure était déjà brisée : on était déjà passé par là et on avait forcé le passage… Voilà qui allait lui simplifier le travail !


Il ôta son imperméable et le roula soigneusement dans le sac, puis, armé de son levier, il entreprit de soulever la plaque de métal sous le regard intrigué des passants. Sa combinaison d’égoutier lui fournissait un parfait alibi et personne ne vint lui demander ce qu’il faisait…


Il fit glisser le lourd disque métallique assez facilement, démasquant un puits profond dont il ne pouvait apercevoir le fond… Il alluma sa torche et en éclaira l’intérieur. Il avait de la chance car le puits était muni d’échelons.


Alain se sentit quelque peu rassuré, il n’aurait pas aimé avoir à descendre au bout d’une corde la vingtaine de mètres de noirceur glauque qui le séparait du sol de la galerie…


Il passa la courroie de la lampe autour de son cou, rangea le levier dans le sac qu’il accrocha à sa ceinture, puis descendit les premiers échelons et tira la trappe sur lui, “pour éviter qu’un piéton ne lui tombe dessus” pensa-t-il avec un léger sourire…


Les barres de métal étaient séparées d’une vingtaine de centimètres. Il en compta cent trois avant de toucher un sol spongieux jonché de détritus divers : papiers de bonbons, mégots de cigarettes, tickets de métro usagés…


Il balaya les murs du faisceau de sa lampe : deux galeries s’offraient à lui comme il avait pu le voir sur les cartes, quelques minutes plus tôt. Il tenta de se repérer mais il n’avait pas pensé à noter de quel côté se trouvaient les échelons avant d’entreprendre sa descente et n’avait aucune envie de remonter le voir. Il se mit à regretter amèrement de ne pas avoir pensé à prendre une boussole.


Prenant un des deux passages au hasard en souhaitant que ce soit celui le conduisant vers le boulevard Saint-Michel, au nord, il commença à cheminer courbé, car le plafond ne se trouvait qu’à 1 m 70 du sol, et atteignit bientôt un embranchement : trois nouvelles galeries s’ouvraient devant lui. Il jeta un coup d’œil à la carte qu’il avait griffonnée et constata qu’il avait dû se tromper de direction : le seul carrefour à quatre branches qu’il pouvait rencontrer se situait au sud du puits de service qu’il venait d’emprunter…


Il fit donc demi-tour et repartit par où il était venu, croisant le puits de service où il était descendu sans s’y attarder. Quelques mètres plus loin s’ouvrait un passage secondaire, sur sa gauche : il s’agissait d’un petit tronçon sans issue. Il consulta à nouveau sa carte. Tout correspondait : apparemment il se trouvait bien sur le chemin qu’il avait décidé de suivre...


Il emprunta un long passage rectiligne où il dut encore marcher plié en deux et un coude en épingle à cheveux. Il regarda à nouveau son plan, tout concordait : il était sur la bonne voie !


Enfin, il atteignit le croisement qu’il avait repéré. La voie de chemin de fer devait se trouver sur sa droite, un peu plus à l’est. Il tourna donc dans cette direction et pataugea bientôt dans une eau qui lui sembla glacée.

A suivre...


(c) 1992 Luc de Bauprois - Tous droits réservés

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