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03.03. Babel - Chapitre III (3/4)

lundi 20 août 2007, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

— Christophe semble être dans le vrai, murmura-t-il, tandis que le niveau atteignait ses genoux.


Il continua à progresser dans l’eau froide qui lui arrivait à présent jusqu’à la ceinture et atteignit un nouveau croisement, où trois chemins s’offraient encore à lui. Il les éclaira successivement et découvrit une plaque de pierre fixée à l’une des parois. Il s’en approcha et lut “Chemin de fer côté couchant” : il était à proximité immédiate du lieu du crime…


Tandis qu’il balayait le sol de la galerie nord du faisceau de sa lampe, à la recherche d’une improbable empreinte, un éclair métallique attira son attention. Il se rapprocha et trouva, enfoncée en terre, une douille dont le calibre correspondait à celui de l’arme du mort.


Alors qu’il se penchait pour la ramasser, des taches brunâtres retinrent son attention : du sang à demi-séché. L’homme devait déjà être blessé alors qu’il cheminait dans les étroits boyaux souterrains. Blessé et poursuivi !


Il remarqua aussi le dessin particulier de certaines empreintes de pas : peu profondes et lisses. Alain se souvint que l’homme portait des chaussures de villes aux semelles correspondantes.


Il décida de les suivre pour vérifier qu’elles conduisaient bien au tunnel du RER où avait eu lieu l’assassinat : elles le menèrent jusqu’à un puits s’ouvrant à droite du tunnel. Il semblait profond.


Alain l’éclaira et vit de l’eau qui miroitait au fond. Relevant sa lampe il s’aperçut que des encoches étaient creusées dans la paroi. Elles comportaient des traces de boue mêlée de sang et ne se prolongeaient pas vers le bas. Mais le puits n’était pas sans issue : il continuait vers le haut…


Repassant à nouveau la courroie de sa lampe autour de son cou, il s’engagea sur ces marches de pierre, un peu effrayé par le vide noir et insondable qui se trouvait en dessous de lui. Il ne put progresser longtemps car au bout de deux mètres il se retrouva au sommet du puits.


Devant lui s’ouvrait une nouvelle galerie. Il l’éclaira et constata qu’il ne pourrait aller beaucoup plus loin, le passage étant obstrué par un mur de moellons aux joints de ciment encore mous…


Selon toute vraisemblance, il se trouvait contre le tunnel du RER, à l’endroit où les ouvriers avaient travaillé la nuit précédente. Comme pour confirmer ses pensées, il sentit le grondement d’un train qui passait tout près de lui…


Il redescendit les échelons de pierre et retrouva avec soulagement la sécurité toute relative de la galerie principale. Tout concordait : le meurtrier était bien passé par les carrières. Mais d’où venait-il ? C’était la nouvelle question qui trottait dans l’esprit d’Alain.


Il revint jusqu’au carrefour où il avait commencé à apercevoir les empreintes. L’homme pouvait être venu par trois galeries. Elles étaient toutes les trois partiellement inondées et aucune trace n’était donc visible.


Alain décida de procéder avec méthode : il commença par étudier sa carte. De nombreuses galeries se ramifiaient depuis le point où il se trouvait. Mais, en fait, seules trois hypothèses étaient à retenir : l’homme pouvait être descendu par le même puits qu’Alain, être arrivé par un des passages du carrefour où il avait obliqué vers l’est ou bien venir du tunnel sous le boulevard de Port Royal.


Alain décida de commencer par la troisième solution. Il s’enfonça à nouveau dans l’eau glacée et progressa sur quelques mètres. Le niveau de l’eau baissa bientôt et Alain reprit pied sur un sol boueux, mais il ne put continuer plus avant : un éboulis sablonneux avait obstrué une partie du couloir.


Alain s’apprêtait à l’enjamber lorsqu’il se rendit compte que le sable était vierge de toute trace. Il prit le temps de l’examiner. Il s’était complètement imbibé d’eau, ce qui démontrait que l’éboulement ne datait pas de la nuit, mais avait au moins quelques jours… Le meurtrier n’avait donc pas pu emprunter cette voie : la première hypothèse était à rejeter.


Il revint en arrière pour tester la deuxième. Victoire : mêlées aux siennes se distinguaient encore faiblement des empreintes qui devaient être celles du criminel. Il se pencha pour vérifier la présence de taches de sang qu’il eut un peu de mal à trouver. Le faisceau de la lampe braqué sur ses pieds, il remonta lentement les traces jusqu’au croisement.


Alain y était arrivé par le sud et l’homme était venu du nord…. Il continua donc dans cette direction, la lampe toujours rivée au sol.


Il croisa une galerie venant de l’est, comme le lui indiquait son plan, mais fut arrêté, quelques mètres plus loin, par un mur récent sous lequel continuaient les empreintes. Il trouva un peu étrange de ne pas avoir remarqué les traces des ouvriers qui avaient édifié la paroi, mais se dit qu’ils avaient pu venir par l’autre côté.


Il passa la main sur le ciment et le trouva encore frais. Il sortit le levier de son sac et commença à enlever les joints des parpaings grisâtres qui composaient le mur.


Une vibration sourde naquit au-dessus de sa tête. Il pensa qu’un autre train passait mais le grondement ne cessa pas de s’intensifier et il vit que la voûte se fendillait. Il s’écarta vivement de quelques pas tout en continuant à scruter le haut de la galerie…


La tête d’une foreuse déboucha dans le passage puis remonta rapidement. Alain s’approcha de l’orifice qui venait d’être percé. L’ouverture faisait une dizaine de centimètres de diamètre. Il regarda prudemment à l’intérieur et vit la lumière du jour, une vingtaine de mètres plus haut.


Il allait crier aux ouvriers se trouvant en surface de faire attention, lorsque la lumière disparut. Il s’écarta, méfiant, et bien lui en prit : quelques secondes plus tard un flot de béton liquide commença à déferler dans la galerie.


Alain se pressa vers le puits de service par lequel il était venu. Il avait de plus en plus de mal à progresser car le béton ne cessait de monter. Lorsqu’il parvint à l’échelle métallique, il en avait jusqu’aux genoux et ne pouvait presque plus avancer…


Il prit appui sur les échelons pour s’extraire du magma grisâtre et se hissa avec peine. Il remonta le plus vite possible, craignant d’être rattrapé par le flot visqueux et enterré vivant. La montée lui sembla infiniment plus longue que la descente : sa lampe, maculée de ciment n’émettait plus qu’un faible halo et il ne pouvait voir le sommet du puits.

A suivre...


(c) 1992 Luc de Bauprois - Tous droits réservés

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