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04.02. Babel - Chapitre IV (2/4)

lundi 10 septembre 2007, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

Il avisa les cartes qu’il avait déposées sur la table et se décida à les punaiser au mur. Il les fixa, dans l’ordre, puis, reculant d’un pas, il regarda d’un air pensif le dédale des galeries dans lesquelles il avait failli périr.

Il ne put s’empêcher de suivre du doigt le chemin qu’il avait parcouru. Il remarqua très vite que l’homme dont il avait suivi les traces ne pouvait venir que de Babel : à partir de l’endroit où il avait été arrêté par la coulée de béton, seuls deux chemins étaient envisageables. L’un d’eux revenait en arrière et logiquement, l’homme n’avait pas dû l’emprunter. L’autre se ramifiait en deux galeries secondaires qui s’arrêtaient toutes deux au pilier de fondation sud-est de Babel.

À cet endroit la carte n’indiquait aucune galerie puisque le gigantesque pilier massif de cent cinquante mètres de côté s’enfonçait à plusieurs dizaines de mètres sous la surface du sol…

— Et si l’homme venait de la tour ? songea Alain. S’il y avait un passage dans le pilier, reliant les étages aux carrières ?

Mais cela n’avait pas de sens. La tour n’était plus qu’une ruine déserte depuis l’incendie titanesque dont elle avait été la proie une vingtaine d’années plus tôt. Alain se souvenait vaguement du sinistre, de la peur qu’avaient eu tous les parisiens de voir le gigantesque édifice se briser sous la violence des flammes et venir s’écraser sur la ville, ce qui, heureusement, n’était pas arrivé.

Il avait été impossible d’éteindre le brasier et la tour avait brûlé pendant des semaines, dégageant une fumée épaisse et noire qui avait achevé le travail de pollution qu’avaient commencé les industries depuis le début du vingtième siècle…

De nombreuses têtes étaient tombées, les ingénieurs chargés de la sécurité avaient dû démissionner, certains s’étaient même suicidés, accablés par leur responsabilité dans la mort des habitants de Babel…

Peu après une vague de folie avait déferlé : tout le monde tentait d’oublier la tour… Des monceaux d’archives furent brûlés, des pages de livres arrachées, au grand dam des historiens.

Le plus gigantesque des projets de l’humanité avait vécu. Tous cherchaient à l’oublier, à le gommer de leur conscience, hormis quelques fanatiques qui vouaient au projet une admiration ou une haine sans borne.

Alain se remémorait tous ces événements, composés en partie de souvenirs datant de son enfance et des renseignements qu’il avait glanés tout au long de son existence…

Il songeait qu’une fois la fureur de l’incendie apaisée, les ruines du bâtiment étaient peut-être devenues un gigantesque repaire de brigands, inexpugnable, et insoupçonné !

Personne en effet ne voulait aller voir dans la tour ce qui s’y passait. Des légendes terribles circulaient, décourageant les plus audacieux. Et, de toutes manières, les accès avaient été murés, les ascenseurs détruits…

Alain poursuivit sa réflexion. Il lui semblait se rappeler que, de nombreuses fois, on avait perdu la trace de criminels pour ne les voir réapparaître que des années plus tard. Il était bien placé pour le savoir, puisqu’une bonne partie des dossiers du quartier lui était passée entre les mains.

Et si ils s’étaient cachés dans la tour ?

Alain trouvait l’affaire de plus en plus fascinante, mais hésitait cependant à aller plus loin, craignant la “noyade” que son chef lui avait promise. De toutes façons il était trop tard pour aller à la bibliothèque chercher des renseignements sur la tour. Il avait toute la nuit pour réfléchir et pour se décider.

Il se coucha, savourant avec délices le contact des draps frais.

Cette fois, définitivement épuisé par ce qu’il avait vécu pendant la journée, il n’eut aucun problème pour s’endormir…

.
..

Le lendemain matin, Alain s’éveilla, frais et dispos, à l’heure où il aurait dû le faire si il avait été travailler. Mais, ce jour-là, il n’avait nul besoin de se lever…

Il resta un moment allongé, se remémorant toute l’affaire à laquelle il était mêlé. Sa curiosité n’avait pas faibli malgré le sérieux avertissement qu’il avait reçu. Il se demanda s’il était dangereux pour lui d’aller enquêter sur Babel. Après quelques instants de réflexion, il décida que non : même s’il était surveillé, le fait d’aller dans une bibliothèque n’avait rien de compromettant.

Ne voulant pas attirer l’attention sur lui en se renseignant auprès des bibliothécaires, il se dirigea avec une certaine réticence vers les terminaux mis à la disposition du public, surmontant la répulsion qu’il éprouvait pour tout ce qui comportait un clavier et un écran.

L’appareil était d’un usage facile mais ne lui fut d’aucune utilité : aucun ouvrage ne fut sélectionné lorsqu’il fit une interrogation sur le mot “Babel”. Comme il commençait à s’énerver contre “cette putain de machine débile”, un employé vint s’enquérir de ce qui n’allait pas :

— Ça ne marche pas, monsieur ? demanda-t-il d’une voix légèrement mielleuse.

— Je n’arrive pas à trouver ce que je cherche, commença Alain.

— Qu’est-ce que vous cherchez exactement ?

Alain hésita un instant, craignant que sa recherche ne paraisse étrange. Il se forgea rapidement une excuse :

— Je suis inspecteur de police, actuellement affecté à un poste de recherche sur la psychologie des criminels.

Jusqu’à présent, il n’avait dit que la stricte vérité. Il hésita encore et le bibliothécaire dut le pousser à continuer :

— Et alors ?

— Parmi les dossiers que j’étudie, beaucoup concernent les adorateurs de Babel. J’ai besoin de mieux les comprendre et je cherche des documents sur la tour. Mais rien n’est renvoyé par cette machine stupide, répondit-il en désignant le terminal.

Il retint sa respiration en attendant la réaction du bibliothécaire. Ce dernier eut un petit haut le cœur. Personne n’aimait, ni ne voulait, parler de la tour.

— Comment avez-vous procédé ?

A suivre...


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