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04.03. Babel - Chapitre IV (3/4)

lundi 17 septembre 2007, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

Alain lui indiqua ce qu’il avait fait. L’autre reprit :


— C’est normal. Babel n’est qu’un surnom qui a été donné à la tour après l’incendie. Il a été considéré par certains comme une punition divine. Il faut que vous cherchiez à “Infinita”. C’est le nom originel qu’elle portait. Je doute que vous trouviez quelque chose : la plus grande part des documents a été détruite. Vous êtes un peu trop jeune pour vous en souvenir. Peut-être dans les encyclopédies datant de plus de vingt ans… Vous avez peu de chance de trouver des renseignements intéressants. Personne n’aime entendre parler de cela.


— Sauf vous.


— C’est mon métier. Je n’aime pas particulièrement aborder ce sujet, mais je suis ici pour renseigner les visiteurs, même si le sujet m’est fort peu agréable. C’est mon boulot, voilà tout…


L’homme s’éloigna et Alain reprit sa recherche. L’ordinateur lui sortit dix noms d’ouvrages. Neuf d’entre eux étaient suivis de la mention “manquant à l’inventaire” : perdus, volés ou plus probablement détruits…


Il nota les coordonnées et la cote du seul ouvrage restant puis il s’enfonça parmi les rayonnages, à sa recherche. Le classement était bien fait et il le trouva rapidement. Ce n’était pas un gros livre, seulement une plaquette publicitaire qu’on distribuait aux visiteurs de la tour.


Alain était un peu déçu, car il espérait mieux, mais c’était toujours un début. Il alla s’asseoir à une des tables de lecture et se mit à lire le prospectus :


La construction d’Infinita a débuté en 1887. Ce projet, d’une ambition sans égale, a été rendu possible par la découverte, le 6 juin 1866, d’une météorite faite d’un métal jusqu’alors inconnu, le Nepernium.


Ce métal blanc d’une densité très faible possède en effet une résistance exceptionnelle et une grande ductilité qui…


À ces mots, Alain se souvint du petit disque qu’il avait trouvé sur le cadavre. C’était peut-être un morceau de ce métal. À cause de sa rareté actuelle, il devait y en avoir pour une petite fortune si les souvenirs d’Alain en terme de cours de bourse étaient bons.


Il reprit sa lecture :


…ductilité qui lui confèrent sa fabuleuse valeur. Jean-Marc Neper, le célèbre français qui découvrit les propriétés du métal et qui lui donna son nom, fut le fondateur de la Société d’Exploitation du Nepernium, la SEN, qui assure à la France une grande prospérité économique depuis la fin du dix-neuvième siècle.


Ce métal, introuvable ailleurs, permet en effet la réalisation de grandes structures métalliques d’une légèreté et d’une résistance extrêmes. La rareté du Nepernium alliée à ses qualités propres en fit donc la matière première la plus convoitée au monde.


La SEN, qui tirait d’énormes bénéfices de l’exploitation du météore, sachant bien que le filon ne durerait pas éternellement décida, en 1886, de diversifier son activité en se tournant vers l’immobilier de prestige.


Un ingénieur alors peu connu, Gustave Eiffel, lui proposa la fabrication d’une tour d’habitation de plus de trois cent mètres de haut, construite sur une charpente en Nepernium.


La SEN refusa le projet qui ne lui paraissait pas assez ambitieux mais garda l’idée de la tour géante. Elle chargea l’architecte de concevoir un immeuble de mille étages…


De nombreux problèmes techniques durent être résolus, en particulier des difficultés liées à la pression atmosphérique qui obligèrent l’ingénieur à prévoir de multiples sas de décompression entre les étages.


De plus, des mesures de sécurité jusqu’alors non envisagées furent mises en place. En particulier, comme l’évacuation d’un tel édifice était impossible, il fut décidé de diviser le bâtiment en vingt sections de cinquante étages chacun, comportant des réservoirs d’eau utilisables en cas d’incendie.


Le projet final fut arrêté en septembre 1887, date à laquelle les travaux furent entamés. Le rachat des terrains du sixième arrondissement ne posa aucun problème : la SEN ne manquait pas de liquidités.


La première tranche, les fondations, ne fut achevée qu’en 1896. Les quatre piliers furent alors commencés : construits en béton renforcé de fibres de Nepernium, larges chacun de cent cinquante mètres à leur base, ils s’élevèrent lentement vers le ciel.


De 1896 à 1901 fut bâtie la grande voûte du hall d’entrée. Pour des raisons esthétiques, l’architecte avait en effet décidé que la base de la tour, large d’un kilomètre, serait constituée d’un gigantesque hall dans lequel serait ultérieurement aménagé un vaste jardin public.


Entre 1901 et 1965 fut réalisée la structure des vingt blocs de cinquante étages. La construction fut de plus en plus rapide car la largeur de la tour diminuait avec l’altitude et car les techniques s’amélioraient avec l’expérience acquise : il fallut sept années pour le premier tronçon et seulement six mois pour le dernier.


Le 3 mars 1965, la charpente de la tour fut achevée et un gigantesque feu d’artifice fut tiré en son honneur. À l’heure actuelle, Infinita peut déjà être visitée, bien que son aménagement intérieur ne soit pas encore terminé.


De nombreuses industries l’ont déjà choisie pour leur siège social et beaucoup de cadres ont choisi d’y habiter.


Bientôt Infinita sera une véritable ville verticale où il fera bon vivre et travailler…


Dès à présent, venez la visiter et réservez votre future demeure !


Alain referma lentement le dépliant, impressionné par l’ampleur des travaux. Presqu’un siècle d’efforts détruit en si peu de temps…


Il n’était cependant pas satisfait par ce qu’il avait lu. Ce qu’il cherchait, lui, c’était des données techniques : des plans, des schémas qui lui auraient indiqué si oui ou non il existait un passage dans le pilier.


Songeur, il contemplait la couverture de la plaquette qui représentait la tour en construction, émergeant d’une couche nuageuse d’un blanc immaculé, lorsqu’un homme rompit sa méditation en lui adressant la parole :


— Vous vous intéressez à Babel.


C’était plus une constatation qu’une question. Alain était un peu gêné. Il avait honte d’être pris pour un des fanatiques de la tour. L’autre, sentant son léger dégoût, reprit :


— Excusez-moi. Vous n’avez peut-être pas envie d’en parler. Excusez-moi encore. Vous comprenez, j’ai participé à sa construction et le sujet m’est resté très cher…


— Vous avez travaillé au projet ? s’exclama Alain.


— Oui, mais ne parlez pas si fort. Il ne faut pas aborder ce sujet en public. C’est si mal vu à présent…


— Venez donc prendre un café, proposa Alain.


— Bonne idée.


Alain rangea la brochure et ils quittèrent ensemble la bibliothèque. Quelques minutes plus tard ils étaient attablés devant des tasses fumantes. Alain ne savait pas par quoi commencer.

A suivre...


(c) 1992 Luc de Bauprois - Tous droits réservés

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