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05.03. Babel - Chapitre V (3/4)

lundi 15 octobre 2007, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

Infinita, le 10 septembre 1974

 Mon cher Georges,

Voilà longtemps que nous ne nous sommes vus… Depuis que tu as quitté le Projet en vérité. Comme tu as dû l’apprendre par les journaux, on parle de moi comme le prochain ingénieur en chef d’Infinita. Une belle promotion ! Mais à double tranchant…

Depuis que j’occupe le poste de responsable de la section sept, j’ai pu me rendre compte des nombreux problèmes que pose la tour… Pas un jour ne s’écoule (j’allais écrire, en un morbide lapsus bien trop révélateur “ne s’écroule”) sans que nous ne devions intervenir d’urgence pour parer à la catastrophe.

Je te fais grâce des détails, mais je pense que tu avais bien raison de craindre le pire… Et même, tu étais sans doute en dessous de la vérité. Mais je ne peux t’en dire trop, tu dois bien t’en douter.

En fait je ne devrais même pas y faire allusion… Je ne suis pas certain que mon courrier n’est pas soumis à une surveillance particulière… J’ai d’ailleurs déjà pu me rendre compte que mon téléphone était sur écoute et que ma correspondance n’était pas toujours remise à son destinataire…

De plus je suis plus ou moins assigné à résidence dans les plus hauts étages. On me fera bientôt “l’honneur” de m’offrir l’appartement le plus haut du monde… En réalité, cela signifie que je ne pourrai pas quitter la tour comme je le voudrai : tu sais comme moi le temps qu’il faut pour aller de haut en bas et de bas en haut.

Pour toutes ces raisons, tu recevras ce message par une voie détournée… si jamais il t’arrive !

Depuis quelques jours il me semble qu’il se passe des choses étranges : mutations de personnel non justifiées, travaux non prévus. J’en ai parlé aux membres du conseil d’administration de la SEN au cours de sa dernière réunion, mais on a poliment éludé mes questions…

J’ai un peu peur vois-tu. Je me demande si on ne cherche pas à masquer que la tour est un véritable danger. J’ai peur de beaucoup de choses… En particulier, nul ne peut prévoir ce qui se passera si jamais un incendie venait à se déclarer…

Comme tu le sais, ma fille est avec moi. J’ai aussi peur pour elle. C’est pourquoi j’aimerais te la confier. Je ne veux pas qu’elle passe toute sa jeunesse dans cette Babel moderne. Je ne peux évidemment quitter mon poste et, tu le sais aussi, sa mère est morte depuis trois ans déjà.

Je t’en prie mon vieil ami, ne m’abandonne pas et accepte cette mission que je te confie !

En attendant de tes nouvelles, reçois toute mon amitié,

  Hervé.

Alain resta pensif. Un homme avait donc su prévoir le sinistre ? Mais, malgré son intuition, il était sûrement mort dans l’incendie… Avait-il eu le temps de sauver sa fille ?

Si elle était vivante, elle pourrait peut-être lui donner les renseignements que l’ingénieur n’avait pas eu le temps de lui communiquer.

La première chose à faire pour la retrouver était de chercher son nom de famille. Parmi les papiers qu’Alain avait écartés, se trouvait un organigramme. Il fouilla frénétiquement dans la pile, à sa recherche. Son regard se porta de suite sur le nom du responsable de la septième section : Jean-Phillipe Deville. Cela ne collait absolument pas puisque celui qu’il cherchait se prénommait Hervé…

Alain constata alors que le document datait de 1973. L’homme dont il voulait trouver la fille ne devait pas encore avoir été nommé à ce poste… Il se mit donc à chercher un “Hervé” parmi les proches collaborateurs.

Après quelques secondes, il en trouva un. Par acquis de conscience il continua sa lecture, et eut raison de le faire car un second Hervé était présent à l’appel. Alain nota les deux noms et appela l’identité :

— Bonjour. Alain Montfranc du quatorzième…

— Oui, que puis-je pour vous ?

— Est-ce que Marc est là ?

— Non, il a prit quelques jours de congés…

— C’est ça qu’il appelle être surchargé de travail, bougonna Alain.

— Vous dites ?

— Non, rien…

Il hésita un instant puis reprit :

— J’aurais besoin de renseignements sur deux personnes.

— Pas de problème, quels noms ?

— Hervé Gérard et Hervé Villier.

— Vous pouvez m’épeler ?

Alain s’exécuta. L’homme de l’identité reprit :

— Le premier, son nom, c’est Hervé ou Gérard ?

— Gérard.

— Vous ne savez rien de plus sur eux ?

— Si, ils habitaient Paris en 1974 et y sont sans doute morts cette année-là…

— Ok. Je vous recherche ça… Je vous rappelle dans un quart d’heure.

Alain n’avait pas envie d’être appelé au commissariat : son chef risquait d’être mis au courant du fait qu’Alain n’avait pas laissé tomber l’enquête. Aussi il contredit l’autre :

— Euh, je ne suis pas à mon bureau actuellement. Je préfère vous rappeler…

— Pas de problème. Laissez-moi une vingtaine de minutes.

— D’accord. À tout à l’heure.

Alain raccrocha le combiné. Vingt minutes à attendre, quelle barbe ! Il décida de mettre ce laps de temps à profit pour inventorier avec soin le contenu de la caisse mais ne trouva rien d’intéressant. Il regarda sa montre : seules quinze minutes s’étaient écoulées mais il décida tout de même de rappeler l’identité :

— Montfranc à l’appareil. Je vous rappelle au sujet de la recherche que je vous ai demandée…

— Quelle recherche ? Ah, ce doit être mon collègue qui s’en est occupé. Ne quittez pas s’il vous plaît…

Alain l’entendit appeler son collaborateur et, quelques secondes plus tard, celui-ci fut au bout du fil :

— Montfranc ?

— Oui !

— J’ai vos renseignements…

— Alors ?

— Bien. Commençons par le premier : Hervé Gérard… Né en 1942 à…

Alain l’interrompit :

A suivre...


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