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06.04. Babel - Chapitre VI (4/4)

lundi 19 novembre 2007, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

Alain fouilla dans ses poches à la recherche de son arme et poussa un “merde” retentissant : il l’avait perdue, probablement quand il avait enfoncé la porte de la terrasse. Encore une engueulade à prévoir, si toutefois il se tirait indemne de cette situation.

Il redressa à nouveau la tête. Les deux poursuivants s’apprêtaient eux aussi à s’élancer par dessus la ruelle. Seul la femme était armée : s’arrêtant au bord du toit, elle ordonna à l’autre de sauter :

— Vas-y Jean, j’te couvre…

Alain banda ses muscles, prêt à le recevoir comme il convenait. L’homme prit son élan, atterrit à quelque pas d’Alain et se releva en criant :

— Hey, Claire, il y en a un qui est là…

Alain se releva lui aussi, restant à couvert derrière l’homme qui venait de le rejoindre : elle ne pourrait tirer sans risquer de blesser son compagnon et il le savait. Les deux hommes s’affrontèrent du regard. Alain se précipita en avant, tentant de déséquilibrer son adversaire mais celui-ci para l’attaque et Alain faillit aller s’écraser quelques dizaines de mètres plus bas : il n’avait pas affaire à un amateur, mais à un lutteur entraîné.

À nouveau ils se mesurèrent du regard. Cette fois-ci ce fut Alain l’attaqué. L’autre avait une force herculéenne et Alain se retrouva ceinturé et entraîné vers le bord du toit. Il banda ses muscles et lança ses deux coudes en arrière vers son assaillant qui le lâcha aussitôt, plié en deux, les mains sur le ventre. Alain en profita pour l’assommer d’une manchette à la nuque : l’homme s’écroula sans un cri… Mais le froid contact d’un canon de revolver sur sa nuque vint doucher la fierté de sa superbe victoire tandis qu’une voix lui ordonnait :

— Reste calme, flic, ou je t’envoie rejoindre un monde meilleur.

La femme, il avait oublié la femme… Elle n’était pas restée sur le toit en face, mais les avait silencieusement rejoints. Alain se maudit intérieurement de ne pas lui avoir prêté plus d’attention.

— Allez, poulet, les mains en l’air…

Alain s’exécuta.

— Alors, flic, prêt à mourir ? demanda-t-elle avec un ricanement sadique…

Alain ne répondit rien : il était trop occupé à chercher un moyen de se tirer du pétrin dans lequel il était plongé. Ils étaient tous deux debout au bord du toit. Si Alain se retournait vivement, il arriverait peut-être à la pousser dans le vide. Bien sûr, il avait de fortes chances d’y rester lui aussi, mais au moins Patricia pourrait-elle s’échapper. La femme dit, comme s’il avait suivi le cours de ses pensées :

— N’y compte pas trop, sale flic. J’ai de bons réflexes ! Et elle partit d’un grand rire stupide…

Au grand étonnement d’Alain, ce rire se mua en un cri de douleur de plus en plus lointain suivi d’un bruit mou d’écrasement. Il entendit la voix de Patricia :

— Tu peux te retourner, poulet, dit-elle, imitant l’accent de la fausse policière…

Alain se retourna prestement et la vit, un sourire crispé sur les lèvres, tentant de prendre une pose fière, un pied posé sur le parapet du toit.

— Que s’est-il passé ? demanda Alain.

— Facile. Je me suis approchée d’elle par derrière. Lorsqu’elle s’est mise à rire, elle a écarté son revolver et j’en ai profité pour lui balancer un bon coup sur la nuque avec ma chaussure ! Après, je crois que je l’ai poussée un peu… ajouta-t-elle en regardant dans la rue.

Alain suivit son regard et vit, vingt mètres plus bas, un corps écrasé qu’une foule de curieux commençait à entourer.

— Viens, ne restons pas là, ce n’est pas la peine de se faire remarquer, dit Alain, peu désireux d’être une nouvelle fois arrêté.

— Et lui ? demanda-t-elle en désignant le corps inanimé de l’autre poursuivant.

Alain se pencha vers lui et lui tâta le pouls.

— Mort, dit-il. J’ai dû le frapper un peu fort.

— Un partout, alors ! dit-elle, calmant par l’ironie le stress qui s’était emparé d’elle.

— Si l’on veut. Au fait…

— Oui ?

— Merci ! Tu… Euh, vous m’avez sauvé la vie.

— Un partout là aussi. Mais, tu sais, je crois que nous pouvons continuer à nous tutoyer.

— Pourquoi pas ?

Alain resta un moment à la regarder. “Dommage qu’elle soit aussi exaspérante”, pensa-t-il en soupirant. “Mais, tout de même, elle avait un sacré courage”.

— Allez, on y va…

— Où ça ? demanda-t-elle ?

— Le seul endroit où je peux t’emmener, c’est chez moi.

— Encore un prétexte ça ! Tu n’as rien trouvé d’autre pour draguer ?

Alain serra les poings. Décidément Patricia l’énervait de plus en plus. Il la regarda dans les yeux et lui dit :

— Écoute, si tu veux, tu restes ici et tu attends que les autres viennent te descendre…

Comme elle restait sans un mot, il ajouta :

— Alors, que décides-tu ? Où veux-tu aller ?

— Pourquoi pas chez Georges ?

— On lui a tiré dessus chez lui. Ça veut dire qu’ils connaissent son appartement. Peut-être ne savent-ils pas encore où j’habite.

— Qui ça, “ils” ?

— J’aimerais bien le savoir ! En tous cas, même s’ils savent mon adresse on a du temps devant nous : ils doivent nous croire morts et les seules personnes qui pourraient les détromper le sont. Ça nous laisse quelques heures de répit…

Ils quittèrent discrètement l’immeuble et regagnèrent sans encombre l’appartement d’Alain. Avant d’entrer il lui dit :

— Tu m’excuseras, je passe le premier. Si tu entends le moindre bruit suspect, tu fous le camp. D’accord ?

— D’accord !

Alain ouvrit la porte et entra. Quelques secondes plus tard, il était de retour :

— Ça va, tu peux entrer, il n’y a personne ici.

Elle pénétra dans l’appartement et Alain referma la porte à clef derrière elle…

A suivre...


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