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07.01. Babel - Chapitre VII (1/4)

lundi 26 novembre 2007, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

Chapitre VII

Alain se laissa tomber sur le confortable canapé de cuir de son salon en poussant un long soupir de soulagement :

— Ouf ! Enfin un peu de repos…

Patricia vint s’asseoir à côté de lui, encore tremblante.

— Je t’offre un verre ? lui demanda-t-il. Ce n’est pas que j’ai l’habitude de picoler, mais après tout ce qui s’est passé…

Elle acquiesça silencieusement. Alain se leva et versa deux copieuses rasades de whisky. Il se retourna vers Patricia et lui demanda :

— De la glace ? De l’eau ?

— Rien, merci, répondit-elle d’une voix peu assurée.

Alain revint vers elle, un verre dans chaque main. Il allait lui en donner un lorsqu’il s’aperçut qu’elle n’avait pas lâché le précieux carton arraché de justesse aux flammes de l’incendie.

Il posa les verres sur la petite table de marbre blanc qui faisait face au canapé et lui prit doucement le carton des mains. Elle se laissa faire, les yeux perdus dans le vague.

Il lui tendit le verre :

— Bois, cela te fera du bien…

Alain suivit son propre conseil, vidant cul sec un whisky de qualité qui aurait pourtant mérité un peu plus de retenue.

Elle le regarda faire, un peu étonnée, avant de l’imiter à son tour. Elle se mit à tousser :

— C’est fort, articula-t-elle avec difficulté.

— C’est pour ça que ça fait du bien, rétorqua-t-il en souriant.

Elle reposa le verre et toussa encore un peu. Alain lui conseilla :

— Tu devrais prendre une bonne douche bien chaude, ça te détendrait…

Alain la conduisit jusqu’à la salle de bain. Il ouvrit un placard et lui tendit une serviette :

— Si tu permets, je vais aller regarder les papiers de ton père.

Elle se rembrunit un peu, puis secoua la tête comme pour en faire sortir les idées noires qui la hantaient :

— Bien sûr, regarde tout ce que tu veux…

Alain la laissa et retourna dans le salon. Il posa le carton sur la table, l’ouvrit et commença à sortir les documents qu’il contenait.

— Encore des plans songea-t-il avec dépit.

Il les déplia néanmoins et y jeta un rapide coup d’œil. Il s’agissait de schémas des ascenseurs de la tour qui confirmèrent ce qu’il savait déjà : il existait des passages au niveau des anciennes carrières, passages qui étaient eux-mêmes desservis par les ascenseurs de la tour.

Quelque chose retint cependant son attention : un des plans, plus détaillé que les autres, semblait montrer que la tour et ses fondations formaient deux blocs séparés. Cela lui sembla étrange.

Il lut la note qui y était agrafée :

Pour mieux résister à d’éventuelles secousses sismiques, Infinita n’est pas solidaire de ses fondations : elle est simplement posée sur ces dernières.

Cette configuration un peu particulière au niveau -5 mètres a nécessité un équipement spécial des cages d’ascenseurs desservant les galeries techniques d’observation des fondations. Voir le document DAP035 et la note NAP037 pour plus de détails.

Alain se sentit de nouveau plein d’admiration pour les concepteurs du projet : ils avaient tout prévu, même le plus invraisemblable, semblait-il. Une secousse sismique à Paris, cela ne s’était jamais vu et ne se verrait sans doute jamais.

Alain allait à nouveau piocher dans le carton quand la sonnette de la porte d’entrée l’interrompit. Il se figea, se demandant si les autres n’avaient pas retrouvé leurs traces plus vite qu’il ne l’avait prévu.

La sonnerie retentit une nouvelle fois, le ramenant à la réalité. Il se dirigea lentement vers la porte. Ce qu’il vit à travers le judas le rassura : il ne s’agissait que de la concierge de l’immeuble…

Alain commença à tourner la poignée de la porte au moment où elle sonnait pour la troisième fois, de manière insistante, montrant qu’elle savait parfaitement qu’Alain était là : elle voulait certainement savoir pourquoi il était chez lui au lieu de travailler.

Alain l’avait déjà constaté : dès qu’il ne respectait pas un emploi du temps standard, elle se précipitait chez lui sous un prétexte quelconque ! Qu’avait-elle donc pu inventer cette fois-ci ?

Il ouvrit la porte et la regarda d’un air soupçonneux.

— Bonjour monsieur Montfranc, commença-t-elle de sa voix cassée.

— Bonjour, répondit-il sur un ton interrogateur.

— J’ai un paquet pour vous, commença-t-elle, tout en lui tendant une épaisse enveloppe brune. C’est un monsieur bizarre qui l’a amené tantôt et…

Alain l’interrompit, peu soucieux d’entendre ses radotages :

— Merci, au revoir…

Peu heureuse d’être ainsi éjectée, la concierge tenta de trouver un prétexte pour reprendre la conversation qu’Alain avait si brutalement interrompue.

Tendant l’oreille, elle surprit le bruit ruisselant de la douche :

— Vous avez du monde ? questionna-t-elle indiscrètement.

— Non, j’allais prendre un bain lorsque vous avez sonné.

La voix de Patricia réduisit à néant l’explication d’Alain :

— Je peux prendre ton peignoir ?

Alain maudit intérieurement Patricia : à cause d’elle, la concierge allait encore cancaner sur son compte. Dans tout l’immeuble, on n’entendrait plus que des chuchotements du genre : “vous savez, Montfranc, le flic du troisième, hé bien, au lieu d’aller à son travail, il reçoit des dames chez lui et…”.

La concierge sembla entendre les pensées d’Alain :

— Charmant jeune homme, minauda-t-elle, me cacher la vérité pour ne pas me décevoir…

Comme Alain ne répondait rien, elle ajouta :

— Bourreau des cœurs va, vous avez bien compris toute l’affection que j’ai pour vous.

— C’est ça, répliqua Alain.

Il la fixa un moment et ajouta :

— J’ai surtout compris que vous me cassez les pieds ! Et quand je dis les pieds…

Sur ce, il ferma la porte sur la concierge et ses illusions.

— Goujat ! l’entendit-il clamer.

Sa réputation était faite ! Décidément, entre lui et les concierges…

Sentant une présence derrière lui, il se retourna et vit Patricia qui arrivait, drapée dans son peignoir de bain, un peu trop grand pour elle.

Ses cheveux, encore humides mais soigneusement peignés, ajoutaient encore à son charme, si cela était possible.

— Tu ne m’as pas répondu pour ton peignoir, dit-elle… Qui ne dit mot consent, alors… J’espère que j’ai bien fait ?

— Oui, répondit simplement Alain.

Il resta un moment à la contempler, sans mot dire, ne sachant comment rompre le silence qui s’instaurait entre eux. Il sentit monter en lui un désir presque insoutenable qu’il hésita un instant à refouler… Il la regarda droit dans les yeux pendant un long moment.

Elle ne chercha pas à éviter son regard, bien au contraire. Alain se leva et vint à sa rencontre.

A suivre...


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