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08.04. Babel - Chapitre VIII (4/4)

lundi 14 janvier 2008, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

— J’aimerais conclure, si tu vois ce que je veux dire…

— Je vois tout à fait. Et tu as besoin de moi pour ça ? Je croyais que tu savais comment faire, railla l’autre.

— Merci, je sais ! Elle est mignonne, mais un peu folle, vois-tu… Elle ne veut pas ailleurs que dans les catacombes.

— Elle ne veut pas quoi ?

— Tu comprends parfaitement ce que je veux dire.

— Et alors ?

— Je me suis renseigné, la trappe que tu vois là-bas y donne directement accès.

— Et tu veux que je ferme les yeux pendant que tu rentres ?

— Exact. Et même aussi que tu m’aides et que tu refermes tout derrière moi.

— Tu charries, je risque une belle engueulade, moi !

— Allez, soit sympa…

— C’est bien parce que c’est toi… Mais à une condition !

— Laquelle ?

— Si elle te largue, promets-moi de me donner son numéro de téléphone…

— Juré ! répondit Alain en souriant.

Alain revint vers Patricia, accompagné de son collègue. Celui-ci les aida à ouvrir la trappe et ils s’enfoncèrent bientôt dans les entrailles de la capitale.

Comme le planton refermait la plaque de bois derrière eux, il lança à Alain :

— Bonne bourre !

Ce dernier se sentit devenir violet pendant que Patricia lui demandait d’une voix ingénue :

— Bonne bourre ? Qu’a-t-il voulu dire par là ?

Alain commença par bredouiller quelques mots puis lui avoua ce qu’il avait dit… Elle éclata d’un grand rire :

— Quelle imagination ! Serait-ce un de tes fantasmes secrets ?

Alain se sentit devenir encore plus cramoisi, mais les échos du rire frais de Patricia le convainquirent qu’elle prenait la chose avec humour…

Moins de cinq minutes plus tard, ils reprirent pied sur le sol inégal d’un boyau humide et obscur dans lequel Alain s’orienta facilement grâce à la carte et à la boussole qu’il avait pris la précaution d’emporter.

Il n’eut aucun problème à se repérer et ils commencèrent à cheminer sous terre, légèrement courbés car le passage était assez bas…

Ce qui frappa le plus Alain fut la ressemblance des galeries : si sa certitude d’être sur le bon chemin n’avait pas été aussi absolue, il aurait été prêt à jurer être déjà venu là lors de sa première visite. Patricia, elle, ne pouvait pas encore connaître cette impression et se demandait donc pourquoi Alain vérifiait si souvent son chemin à l’aide de la carte et de la boussole.

Ils progressèrent ainsi sans encombre, à une allure régulière, supérieure à ce qu’Alain avait estimé : une fois le chemin repéré, on pouvait marcher rapidement, courir presque, à condition de faire attention à sa tête et à ses pieds.

Ils arrivèrent ainsi très vite sous le cimetière du Montparnasse, au lieu-dit du carrefour des morts, et y firent halte. Alain s’assit sur le sol sablonneux, aussitôt imité par Patricia. Il prit le temps de lui montrer le chemin parcouru :

— Tu vois, nous sommes ici, dit-il en lui désignant un point sur la carte, dans cette galerie circulaire. Nous sommes passés par là et…

Alain se tut brusquement : il avait cru entendre un bruit. Il fit signe à Patricia de ne plus parler et ils restèrent aux aguets. Alain ne s’était pas trompé, il y avait quelqu’un sous terre avec eux, et même plusieurs personnes car ils les entendirent discuter entre eux…

Alain chercha un endroit pour se cacher. La chance était avec lui car sa lampe éclaira une chatière qui s’ouvrait en haut de la paroi, s’enfonçant vers le centre du carrefour des morts. Toujours par gestes, Alain fit signe à Patricia de s’y engager et l’aida en lui faisant la courte échelle. Il l’entendit pousser une exclamation vite réfrénée et se dépêcha de la rejoindre, soucieux d’en connaître la raison.

Lorsqu’il prit pied dans l’étroit goulot sablonneux, il aperçut Patricia, deux ou trois mètres devant lui, qui fixait quelque chose avec une légère terreur. Elle était dans une nouvelle galerie circulaire, au centre de la première, mais beaucoup plus basse de plafond.

L’objet qu’elle regardait était un crâne humain, usé et terni par le temps. Alain dirigea sa lampe vers le bas et s’aperçut qu’il foulait d’innombrables ossements. Ils s’étaient sans doute réfugiés dans un ancien charnier.

Alain frissonna à cette idée, mais les bruits de pas retentirent à nouveau et ils durent éteindre leur lampe, ce qui les plongea dans une obscurité totale.

Assis au milieu d’ossements qui étaient peut-être ceux de leurs ancêtres, ils entendirent à nouveau les voix, beaucoup plus proches cette fois. Alain et Patricia se firent les plus petits possibles, osant à peine respirer, de peur de trahir leur présence.

Les pas continuèrent à se rapprocher et Alain estima qu’un groupe de trois personnes s’approchait d’eux. Alain et Patricia s’éloignèrent instinctivement de l’entrée de leur cachette, frémissant lorsque leurs pas faisaient éclater quelque ossement vénérable.

Peut-être leurs précautions furent-elles inutiles, mais ils ne se posèrent pas la question, soulagés que les autres soient passés sans les remarquer.

Le bruit des pas décrut, jusqu’à devenir inaudible, mais ils attendirent avant de rallumer leur lampe dont la lumière dissipa l’obscurité et les fantasmes morbides qui s’y étaient attachés.

La nuit leur avait fait perdre toute notion du temps. Patricia n’avait pas de montre, et Alain avait perdu confiance dans les indications que lui fournissait la sienne. C’est pourquoi ils décidèrent de repartir sans attendre, de peur de manquer leur rendez-vous souterrain…

Alain regardait moins souvent sa carte, préférant risquer de se perdre que de prendre plus de retard. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent enfin en vue d’une double porte blindée.

— Ce doit être ici, murmura Alain.

— La porte est fermée. Tu crois que nous avons manqué le rendez-vous ?

— Je ne sais…

Le bruit de l’arrivée de la cabine le coupa dans sa réponse et les portes de métal commencèrent à coulisser silencieusement.

A suivre...


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