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10.02. Babel - Chapitre X (2/4)

lundi 25 février 2008, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

— Il risque de s’embraser. Il y a neuf chances sur dix qu’il se replie alors sur les premiers étages de la tour et les vitres voleront en éclats…

— Il suffirait d’être dans une pièce centrale pour s’en protéger.

— Non, les vapeurs toxiques envahiront les sections entières. Mon père m’en avait parlé un jour, il était contre l’idée du voile à cause de ça…

— Et, en plus, il y aura aussi les poussières radioactives. Et nous sommes coincés ici à les attendre.

— Pas si coincés que ça ! Il y a des escaliers. Ça sera crevant mais après tout nous n’aurons qu’une section à gravir, puisque la six est juste au-dessus du voile.

— Tu as raison.

Alain baissa les yeux sur l’écran. Quelques centaines de mètres plus bas, Marc faisait preuve d’une impatience grandissante car l’affichage se remplissait graduellement de messages d’invite à leur intention :

MARC>	Que se passe-t-il ?
MARC>	Vous êtes là ???

Alain reprit le clavier et répondit à Marc :

ALAIN>	Il y a un escalier : on monte ! Toi, tu fous le camp de Paris.
MARC>	Ça n’est pas la peine, toutes les routes sont bouchées : tout le monde
        fuit déjà… Je reste !
ALAIN>	Je suppose que, comme d’habitude, ta décision est irrévocable ?

MARC> Exact. À fuir je n’ai aucune chance de m’en tirer… Quitter Paris,
cela veut dire traverser les territoires pollués. Je n’ai pas
l’équipement adéquat ! D’ailleurs personne ne le possède. Tous les
gens qui sont partis sont déjà en train de s’intoxiquer lentement : à
vivre trop protégés, dans un air purifié en permanence, nous avons
perdu nos capacités de résistance aux polluants. Ce n’est pas un
exode, c’est un suicide collectif… En plus, nous disposons d’une
défense efficace et la télévision vient de le rappeler. Et puis, de
toutes manières, la guerre n’aura pas lieu : personne n’osera
presser le bouton qui la déclenchera…

ALAIN> J’espère… On te recontacte dès qu’on sera en sixième section. Mais
ne t’impatiente pas, on en a pour un certain temps : cinquante étages
à pied plus le temps de trouver les escaliers…
MARC> Bon courage !
ALAIN> À toi aussi.

Il déconnecta le terminal et le rangea à nouveau dans sa sacoche en plastique noir, “couleur de deuil” songea-t-il sombrement. Puis, se tournant vers Patricia :

— Toi qui es déjà venue ici, tu dois bien te souvenir où sont les escaliers dont tu me parlais ?

— Euh… Ça fait tellement longtemps, tu sais. Et puis tout a changé depuis !

— Tu ne te souviens vraiment de rien ?

— Il me semble que…

— Oui ?

Elle resta un instant pensive, cherchant à rassembler des souvenirs qui s’étaient enfuis depuis longtemps :

— Une fois, j’étais venue avec mon père et il devait aller voir quelqu’un à l’étage supérieur. Je me souviens que nous étions allés prendre l’ascenseur. Il y avait beaucoup de monde qui attendait…

— Et alors ?

— Il avait ouvert une petite porte et nous avions débouché dans un petit escalier un peu crasseux. Il m’a dit “personne ne passe plus par là, mais pour un étage”…

— Cette porte, elle était juste à côté des ascenseurs ?

— Il me semble que oui…

— Alors, direction les ascenseurs, ordonna-t-il avec douceur.

Ils rebroussèrent chemin lentement, en évitant toujours de faire le moindre bruit, précaution inutile sans doute puisque la section semblait totalement déserte.

Comme Patricia l’avait prédit, une petite porte, qui ressemblait plus à celle d’un placard qu’à autre chose, s’ouvrait à la droite d’un des ascenseurs. Alain en actionna la poignée qui accepta de tourner sans bruit, leur livrant accès à une cage d’escalier obscure.

Alain reprit sa lampe torche et éclaira les marches poussiéreuses qui montaient vers le ciel, à l’infini semblait-il…

Une nouvelle fois ils s’arrêtèrent pour écouter, mais seul le silence leur répondit. Ils s’avancèrent sur le pallier, laissant la porte se refermer sur eux. Seule la lueur jaunâtre de la torche les éclairait à présent, faible tache de lumière dans un océan d’ombres menaçantes et mystérieuses.

Alain crut entendre un bruit : il fit signe à Patricia de se taire tout en éteignant sa lampe. Il avait du se tromper car la tour demeura lugubrement silencieuse. Par acquis de conscience il rouvrit la porte pour vérifier que personne ne les suivait, mais il ne put rien voir : la lumière s’était éteinte derrière eux et c’était le claquement des néons se refroidissant qu’il avait entendu.

— Bon, on a cinquante étages à se farcir… commença-t-il en rallumant sa torche. En plus il n’y a aucune indication de niveau, ajouta-t-il en regardant autour de lui. Il va falloir compter les paliers !

— On y va quand tu veux…

— D’accord, en avant !

Ils commencèrent à gravir une à une les nombreuses marches qui les séparaient de la section suivante. Au fur et à mesure qu’ils s’élevaient, chaque pas devenait un peu plus dur, les chaussures semblaient plus lourdes et les marches plus hautes.

De temps en temps ils s’arrêtaient pour souffler, pauses qui se rapprochaient de plus en plus.

S’ils avaient été bavards au début de l’ascension, ils étaient à présent tous deux silencieux, muets comme des carpes… ou comme des tombes !

Au cours d’une halte un peu plus longue que les autres, Patricia brisa le silence pesant qui s’était insidieusement instauré entre eux :

— On ne serait pas toujours en train de grimper je jurerais toujours passer au même endroit…

— Pas moi, regarde : la poussière devant nous est intacte, dit-il en lui désignant l’épais tapis ouaté qui s’étalait, immaculé, sur les marches devant eux.

— Tiens, c’est vrai, dit-elle. C’est plutôt bon pour nous, ça. Si personne ne passe par ici, on a peu de chance d’être surpris…

— J’y songeais aussi…

— On en est où ?

— À trente-deux paliers je crois. On en a fait plus de la moitié…

— Il en reste encore dix-huit alors, plus l’étage technique, soupira-t-elle.

— Quel étage technique ?

A suivre...


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