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10.03. Babel - Chapitre X (3/4)

lundi 3 mars 2008, par Luc de Bauprois


(Episode précédent)

— Entre les sections il y a un étage d’entrepôts, de réserves d’eau prévues pour combattre un éventuel incendie. Pas très utiles, comme l’ont montré les événements, mais…

Elle posa un pied sur la première marche et grimaça, se raidissant sous la douleur des courbatures qui commençaient à nouer ses muscles.

— On n’y arrivera jamais, sanglotait-elle.

— Si on y arrivera ! Je ne tiens pas à crever bêtement alors qu’on a une chance de s’en tirer ! répondit-il avec mauvaise humeur.

— Tu parles qu’on a une chance de s’en tirer ! On a surtout beaucoup de chances de crever…

Alain sentit qu’elle étaient en train de craquer. La fatigue, l’énervement et la peur avaient petit à petit raison de leur patience et de leur courage. Il prit une profonde inspiration et l’attrapa par les épaules.

— Calme-toi, cria-t-il en la secouant.

— Lâche-moi, connard !

— Patricia ! Garde ton self-control. Si on ne reste pas calmes on n’arrivera jamais à la sixième section.

Elle le fixa longuement et ses yeux emplis de haine retrouvèrent lentement leur aspect habituel.

— Ça va mieux ? lui demanda Alain.

— Oui… Excuse-moi…

— Il y a rien à excuser, on est tous les deux crevés, c’est tout.

— Il faut vraiment repartir tout de suite ?

— Je crois… Il reste moins d’une heure avant la fin de l’ultimatum.

— Tu as raison.

Elle resta un instant silencieuse puis reprit :

— Toutes ces caisses en bas…

— Oui ?

— Et si la tour n’était qu’un gigantesque abri anti-atomique ?

— Je ne crois pas… Elle n’a jamais été conçue pour ça. À l’époque où les plans ont été faits, personne n’imaginait que la Bombe existerait un jour. Non, soit réaliste, ce n’est qu’un dépôt quelconque, sans doute oublié depuis longtemps.

— Tu as certainement raison, répondit-elle avec regret.

Ils repartirent, côte à côte, d’un pas mal assuré, et les étages recommencèrent à défiler… Lentement, de plus en plus lentement.

Alain s’arrêta brusquement :

— Tu ne trouves pas que la lumière baisse ? demanda-t-il.

— C’est vrai, maintenant que tu le fais remarquer…

— J’ai bien peur qu’on n’ait plus d’éclairage d’ici peu.

Juste comme il prononçait ces mots, la lumière de la torche vacilla, reprit un peu d’intensité avant de s’éteindre définitivement… La voix de Patricia s’éleva dans l’obscurité :

— On est encore loin ?

— Une dizaine d’étage. Ça va être long !

Une nouvelle fois ils repartirent, parlant à mi-voix pour se donner le courage d’affronter la menaçante obscurité, bavardages interrompus de temps à autres lorsque la fatigue les faisait trébucher. Quelques paliers plus loin, Alain stoppa et retint sa compagne de la main :

— Je pense qu’on est arrivés.

Il longea les murs à tâtons à la recherche d’une sortie. Sa quête ne fut pas vaine car il sentit bientôt une poignée sous ses doigts :

— J’y suis, la porte est là. Merde, c’est bouclé ! jura-t-il.

Il suivit des doigts le rebord de la porte pour en déterminer la position exacte et constata :

— En tout cas, il n’y a pas de lumière derrière…

Il prit un peu de recul et tenta d’enfoncer la porte. Elle résista à son premier assaut mais céda au second sans toutefois s’ouvrir. Alain lui lança un vigoureux coup de pied qui eût raison de sa résistance. Il s’avança à tâtons tout en commentant sa victoire :

— Encore une qui a cru pouvoir me résist…

Sa phrase se mua en un appel de détresse lorsqu’il sentit le sol se dérober sous ses pieds.

— Alain ? Interrogea la voix inquiète de Patricia.

Un grognement lui répondit. Puis :

— J’ai du me gourer en comptant les étages, c’est le vide en dessous. J’ai juste eu le temps de me raccrocher au chambranle. Aide-moi…

Patricia se rapprocha avec précautions et l’aida à reprendre pied.

— Ouf ! souffla-t-il lorsqu’il fut de retour à côté d’elle. J’ai bien cru faire un vol plané de cent mètres…

— Peut-être moins que ça… On a très bien pu monter trop haut et dépasser la sixième section. D’après toi ?

— Je ne sais pas trop, avoua Alain. Attends…

Alain fouilla dans ses poches à la recherche d’une pièce de monnaie.

— Que fais-tu ? demanda Patricia, curieuse.

— Je vais lancer une pièce par la porte, d’après le bruit on saura à peu près où on est.

Alain s’exécuta et resta silencieux comptant les secondes. Le faible tintement de la chute leur parvint déformé par les étranges échos de ces pièces aux dimensions colossales.

— Un peu plus de quatre secondes… Ça fait entre cent vingt et cent cinquante mètres. On doit être juste en dessous de la sixième section.

— Sauf s’il n’y a aucune séparation entre la cinq et la six…

— Ça m’étonnerait ! De toute façon autant continuer à monter.

Ce qu’ils firent. À chaque pallier Alain s’arrêtait pour tester les portes qu’il trouvait toujours fermées. Ils ne disaient rien.

En fait Alain s’était seulement trompé de trois étages dans son calcul. Ils s’en rendirent compte lorsqu’ils butèrent sur une porte blindée et que Patricia s’écria :

— C’est vrai ! J’avais oublié, en haut de chaque section, juste avant les réserves d’eau, il y a un sas blindé… On y est !

— Il sert à quoi, ce sas ?

— À réguler la pression atmosphérique interne au sein de la tour et puis pour des questions de sécurité, par exemple si un des réservoirs d’eau de l’étage technique cédait…

— Et ça s’ouvre comment ?

— Il suffit de tourner l’espèce de volant qui est au centre, je crois.

Alain s’exécuta, et, ô merveille de la technique, le sas s’ouvrit silencieusement, en pivotant sur des gonds parfaitement huilés que le temps n’avait pas réussi à atteindre.

Juste à cet instant une vive lumière naquit de l’autre côté. Alain et Patricia reculèrent, éblouis, craignant l’apparition d’une présence hostile, mais, une fois encore, la tour s’avérait déserte et silencieuse.

A suivre...


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